À l’heure où les budgets de défense explosent à l’échelle mondiale et où le Québec se positionne pour capter une part de cette manne, les entreprises qui hésitent à intégrer les critères ESG dans leur stratégie de croissance risquent de rater le train en marche.
Une fenêtre d’opportunité historique
Le contexte géopolitique a tout changé. En février dernier, le premier ministre Carney lançait la première stratégie industrielle de défense du Canada, avec l’ambition de porter les investissements militaires à 2% du PIB, soit environ 63 milliards de dollars (G$), puis à 5% d’ici 2035. Ce n’est pas une cible abstraite: c’est une commande ferme adressée à l’industrie canadienne.
Pour le Québec, le signal est clair. En avril, lors du forum innovation aérospatiale international d’Aéro Montréal, le gouvernement fédéral annonçait 4,5 millions de dollars (M$) de financement afin de préparer les PME locales à intégrer les chaînes d’approvisionnement nationales et internationales en défense. Un mois plus tôt, c’était plus de 33 M$ qui avaient été injectés dans l’écosystème québécois à travers l’initiative régionale d’investissement dans la défense.
Le message est sans équivoque: le marché de la défense est ouvert aux PME. Mais à quelles conditions?
La durabilité comme critère d’entrée
Ce que beaucoup d’entreprises ignorent encore, c’est que l’accès à ce marché est de plus en plus conditionné à une performance ESG crédible. Les grands donneurs d’ordres mondiaux exigent désormais que leurs fournisseurs démontrent une gestion rigoureuse de leur empreinte environnementale, sociale et de gouvernance.
Les leaders européens du secteur l’ont compris et ont intégré cette réalité.
Thales, le géant français de l’électronique de défense présent au Canada et dans une soixantaine de pays, a fait de l’ESG un pilier de sa stratégie industrielle. Le groupe s’est fixé une cible de réduction de 50% de ses émissions de CO₂ d’ici 2030 et vise la carboneutralité dès 2040. Ses nouveaux produits sont conçus selon des principes d’écoconception, et l’entreprise engage ses fournisseurs les plus polluants dans des plans d’action concrets. En 2025, Thales affichait un carnet de commandes record de 53,3 milliards d’euros, avec une croissance anticipée de 6% à 7% en 2026. La durabilité n’a pas freiné sa croissance, elle l’a renforcée.
Airbus, dont les installations à Mirabel sont l’un des fleurons industriels du Québec, a intégré la durabilité dans sa chaîne de valeur aéronautique et de défense avec une logique similaire. L’entreprise œuvre sur des carburants d’aviation durables (SAF), des procédés de fabrication allégés en carbone et des exigences environnementales strictes auprès de ses sous-traitants. Pour les PME québécoises qui aspirent à fournir Airbus, répondre à ces exigences n’est plus optionnel.
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